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    Mercredi 17 Octobre 2018, Yom Révii


356. Le foie gras, permis ou pas ?
Posté par alex54 le 03/02/2007 à 19:33:58
Bonjour et Chavoua' Tov

Dans le judaïsme on a une facon de "tuer" l'animal dans le but de ne pas le faire souffrir. Dans ce cas là, je voulais savoir pourquoi la consommation de foie gras est-elle autorisée puisque les conditions dans lesquelles l'animal est gavé sont cruelles. Pourquoi est-ce que ce traitement est autorisé?

Réponse donnée par Rav Michael Kottek le 12/04/2007 à 14:20:04
Dans la vision de la Halakha, il existe deux problèmes à résoudre afin de permettre ou de défendre la consommation du foie gras.

a) Y a-t-il de problèmes de « Tréfa » dans les oies qui sont gavées ?
C’est à dire que le procédé de gavage, soit par blessure de l’oesophage, soit par augmentation démesurée de la taille du foie, peut avoir des conséquences néfastes sur l’espérance de vie de l’oie , ce qui la rend interdite à la consommation selon la « Halakha ».

Les décisionnaires sur le Choul’hane ‘Aroukh se sont penchés sur cette question depuis déjà très longtemps (1).

Selon le Rama et le Chakh cela est permis, selon le Ba’h et le Noda’ Bihouda c’est défendu. Il faut savoir que les habitudes changent selon les régions.
Ainsi en Hongrie, là ou se basent les décisions du ‘Hatam Sofèr, on gavait les oies mais l’on faisait sur chaque oie une vérification du « Véchèt » (l’œsophage).

Par contre, d’autres pensent que puisque cette vérification est compliquée, tout le monde n’est pas apte à pouvoir la faire correctement. Par conséquent l’habitude était de ne pas manger ces oies gavées. Ainsi, le ‘Hokhmate Adam (2) rapporte qu’il faut empêcher ce Minhag qui consiste à gaver des oies pour en consommer le foie. Et si l’on a fait il faut vérifier l’oesophage sur toute sa longueur !
De même le ‘Hida (3) insiste sur le fait qu’il faut interdire la consommation de foie qui vient de contrées lointaines car il y a de nombreux problèmes de «Tréfa».

De plus, en dehors du problème de l’œsophage il est possible qu’un tel gavage, qui augmente démesurément la taille du foie, présente un danger pour la vie de l’oie. Ce qui peut rendre l’oie « Tréfa ».
C’est pourquoi le Rav Frank (4), et le ‘Hazone Ich (5) ont totalement défendu en Israèl d’élever des oies pour les gaver (6).

b) Sur le problème ayant trait au mal traitement des animaux (« Tsa’ar Ba’alé ‘Haïm »), le Chévèt Halévi (7) nous donne les règles de cette Halakha : « lorsqu’il n’y a aucun profit, aucun plaisir ni gain d’argent, il est alors catégoriquement défendu d’engendrer du mal même léger à un animal (8).
Par contre si l’homme y trouve un quelconque intérêt, ce serait permis. C’est la raison pour laquelle il serait permis de mettre des fardeaux sur le dos des animaux pour les transporter, d’enlever les plumes de oiseaux pour les utiliser, d’en faire l’abattage pour les consommer.
De même, on pourra se servir de leur peau ou les utiliser pour les besoins thérapeutiques ou en cas de danger pour l’homme. Par contre on ne doit en aucun cas être cruel envers eux. On ne pourra donc pas les affamer ou les assoiffer même dans le but de les gaver par la suite.

Voir les détails de la Halakha du mal traitement des animaux dans la question numéro 155
Pour y accéder cliquez ici


Dans la pratique, autrefois, on gavait les oies en leur donnant beaucoup de graines (surtout de maïs et d’orge).
Cela avait pour effet de leur blesser l’œsophage et d’entraîner beaucoup de problème de «Tréfa». C’est encore l’habitude de nos jours en Hongrie.
La manière actuelle de les gaver est de faire pénétrer dans l’œsophage un tuyau par lequel on introduit une bouillie. Ceci amenuise beaucoup les problèmes « Tréfa » dus aux blessures de l’œsophage.
Néanmoins on fait quand même une vérification après la « Ché’hita » (abattage) de chaque oie. Cela consiste à gonfler l’œsophage et en vérifier la paroi interne. En effet il reste des risques de « Tréfa » dus aux composants de cette bouillie.

Ces dernières années, certaines lois, en Europe et aussi en Israèl, ont interdit cette façon de gaver.
Depuis on continu cependant à pratiquer le gavage mais en prenant soin de le faire pénétrer dans la gorge qu’un petit tuyau (moins long et moins gros qu’auparavant).
Ce procédé est moins douloureux pour les oies. Par ailleurs le gavage étant moins intensif, le foie n’atteint généralement que le poids de six cent grammes (au mieux un kilo deux cent autrefois). Le gavage ne prend que quelques secondes. Les oies viennent d’elles mêmes pour consommer cette bouillie et ne semblent pas être malades.


Puisqu’on en tire un profit pour l’homme de consommation ou d’argent, et que compte tenu de la méthode de gavage actuelle, cela n’entre pas dans la catégorie d’une cruauté particulière. Il n’y a donc pas de raison d’interdire ce procédé pour des raisons de « Tsa’ar Ba’alé ‘Haïm ».
A noter qu’un des plus grands des décisionnaires a exprimé qu’il n’y a aucun problème de «Tsa’ar Ba’alé ‘Haïm» dans le gavage des oies.

Ceux qui se basent sur l’avis permissif du Rama et du ‘Hatam Sofèr, concernant les problèmes de « Tréfa », pourront donc consommer le foie gras.

Ceux qui suivent les avis plus rigoureux comme le ‘Hokhmate Adam et le 'Hida, s'en abstiendront.

A noter que le Rav Naouri zatsal a questionné, il y a une trentaine d’années, le Rav 'Ovadia Yossef chlita sur les procédés de gavement de cette époque. En conclusion, le Rav ‘Ovia (9) tend à l'interdire totalement et avait demandé au Rav Naouri de ne pas introduire ce produit en France (Il considère que l'oie ne peut plus manger de ses propres moyens ; elle est donc Tréfa).

A noter également qu’en ce qui concerne la santé, ne faut pas trop consommer de foie gras car cela fait monter en flèche le cholestérol ce qui est néfaste pour le cœur.

Kol Touv


1) Voir le Rama Yoré Dé’a chap. 33 par. 9
2) Yoré Dé’a Klal 15
3) Ma’hzik Bérakha 33, 10
4) Har Tsvi Yoré Dé’a 26
5) il l’a dit personnellement au Rav Vozner- Chévèt Halévi 2,7
6) Voir aussi le Tsits Eli’ézèr 11, 49 à ce propos
7) Chévèt Halévi 2,7
8) Voir Guémara Baba Métsi’a 32b si l’interdiction est d’origine rabbinique ou Toranique
9) Yabi'a Omer tome 9 chapitre 3 ; Voir aussi à Chéma’ Chélomo tome 4 chapitre 4.
 
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