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    Lundi 19 Février 2018, Yom Chéni


343. Combien faut il attendre pour manger de la viande après le fromage
Posté par alezbra le 16/01/2007 à 19:29:21
Bonjour
Jevoudrais savoir de nos jours quelle sont les fromages francais qui sont considérés comme des fromages durs,et donc a priori l'attente pour manger de la viande aprés serait de 6 heures?
Est ce qu'il suffit de se laver la bouche?
Merci

Réponse donnée par Rav Yossef Loria le 08/03/2007 à 23:05:24
Votre question nécessite un éclaircissement car elle sous-entend qu'il est nécessaire a priori, de marquer un délai entre la consommation de fromage dur et de la viande. Or, la loi est la suivante :

Il est permis de consommer un mets carné immédiatement après avoir mangé du fromage (1). En effet, il n’est pas nécessaire de marquer un délai quelconque car, contrairement à la viande, le fromage ne s’immisce pas entre les dents et son goût s’estompe assez rapidement (2).

Cependant, si on a consommé du fromage dur ayant subi un long processus de fermentation et dont le goût est relativement fort, certains exigent un délai de six heures avant de consommer de la viande (3).

Parmi les fromages dont le processus de fermentation est relativement long, on peut signaler le Prince de Savoie, le BeauFort, le parmesan (4), et certains gruyères (liste transmise par l'un des décisionnaires expert dans le domaine) (5).

Le Rama (le décisionnaire des communautés Achkénaz) souligne qu’il est bon de se montrer rigoureux pour tout fromage dont le processus de fermentation atteint six mois avant de consommer de la viande ou du poulet (6), et le Michna Béroura exige un tel délai après avoir consommé du fromage dur (7). D’autres décisionnaires exigent une séparation d’une heure (8).
Mais Marane (le décisionnaire des communautés séfarades) n’exige aucun délai, et telle était la coutume à Jérusalem (9).
En outre, si une personne qui a pour coutume de marquer un délai entre le lait et la viande, est consciente qu’elle s’impose une mesure de rigueur facultative et désire continuer à agir de la sorte, elle est digne de louanges. Mais, si elle désire annuler cette coutume, elle devra procéder à « l’annulation des vœux » (Hatarate Nédarim) devant un Rav. Cependant, si elle pensait que telle était la loi, elle pourra se comporter avec indulgence sans devoir procéder à l’annulation des vœux (10).

Certains n’estiment pas nécessaire de prononcer la bénédiction finale sur l’aliment lacté avant de consommer la viande (11) afin de marquer une interruption, et d’autres se montrent plus rigoureux (12). Un Achkénaz devra réciter la bénédiction finale après avoir consommé du fromage dur (13).

En dehors du délai qu'il faut marquer avant de consommer de la viande, nos sages ont instauré certaines mesures préliminaires :

a- Ablution des mains

Avant de consommer de la viande, il est nécessaire de se laver les mains pour en retirer tout éventuel dépôt de produits laitiers (14). Si la personne se trouve dans l’impossibilité technique de se laver les mains, il suffira de les essuyer à l’aide d’une serviette et de les vérifier à la lumière (15).

Même si on mange avec une fourchette, il est d’usage de procéder à l’ablution des mains (16), mais celui qui voudra se montrer plus indulgent, aura sur qui s’appuyer (17).

b- Délogement des résidus

Nos sages nous ont aussi institué de déloger les résidus entre les dents, ainsi que de se rincer la bouche (18). Pour déloger les résidus éventuels dans la bouche, il suffit de mâcher un aliment neutre quelconque ayant la même propriété et la même consistance que le pain, afin de retirer le fromage collé entre les dents.

Tout aliment sera toléré à cet usage en-dehors de dattes, d’herbes (19) (salade, persil etc. et d’aliments poudreux (farine, cacao en poudre etc.) car ils se collent aux gencives et au palais et ne permettent pas de déloger les résidus alimentaires.

c- Rinçage

Après avoir délogé les résidus, il faudra les faire passer en buvant une boisson quelconque (20).
Tout liquide convient (21) à cette fin et il n‘est pas utile de procéder à un gargarisme, ou de recracher la boisson après s’être rincé la bouche : il suffira de boire naturellement.

d- Débarrassage de la table

Après avoir rempli les conditions précédemment citées, nécessaires à la consommation de viande après un mets lacté (ou inversement), il faudra essuyer la table de tous déchets, restes éventuels (22), et miettes de pain.
Les salades neutres ayant été servies au cours d’un repas lacté, ne devront pas être utilisées lors d’un repas carné, mais seront réservées à un usage strictement lacté (23).

Enfin, il est nécessaire de changer de nappe entre deux repas de nature différente (24).
Cependant, si l’on mange dans une assiette, il est possible de consommer des repas de nature différente sur une même nappe après l’avoir soigneusement nettoyée. Ceci concerne uniquement les nappes en plastique qui sont facilement lavables (25), et non une nappe en toile ou en tissu.
Néanmoins, même pour les nappes en plastique, certains préconisent d’utiliser deux nappes distinctes ou, tout au moins, de la retourner afin d’y déposer un mets de nature différente (26).

e- Consommation de volaille après un repas lacté

Pour consommer de la volaille après un repas lacté, l’ablution des mains et le rinçage de la bouche ne sont pas nécessaires selon la stricte loi (27), mais il est bon de se montrer rigoureux (28), et telle est la coutume des communautés Achkénaz (29).

De même, après avoir bu du lait, il suffit de se rincer la bouche car le lait ne laisse pas de résidus entre les dents ou sur les mains (30).

Une personne dont la dentition présente des irrégularités devra se curer les dents rigoureusement de façon systématique entre le lait et la viande, et prévoir un brossage éventuel (31).


Au niveau de la loi, un Séfarade ne devra marquer aucun délai entre le lait et la viande. Si il désire marquer un délai d'une heure après tout aliment lacté (et pas seulement du fromage), il sera digne de louanges.
Pour un Achkénaz, il est recommandé de patienter six heures après des "vieux fromages", et telle est la coutume. Toutefois, certaines communautés Achkénaz, notamment originaires d’Allemagne, se suffisent d'un délai d'une heure.

Dans le cas où il existe un doute si le fromage est considéré comme vieux, il est permis de ne marquer aucun délai (32).

Il faudra toutefois se rincer les mains, consommer un aliment neutre, et boire une boisson, avant de consommer un aliment carné.

Kol Touv


1) Choul’hane ‘Aroukh, chapitre 89, paragraphe 2.
2) Kaf Ha’haïm, chapitre 89, paragraphe 29, au nom du Lévouche. Seul si sa dentition présente des irrégularités, il faudra se nettoyer les dents. Chi’ouré Bérakha, paragraphe 23.
3) Rama, chapitre 89, paragraphe 2 ; Le Ben Ich ‘Haï, parachate Chéla’h Lékha, paragraphe 15, préconise de marquer un délai de six heures si le processus de fermentation du fromage atteint six mois. Mais si le processus de fermentation du fromage est plus court il suffit de patienter une heure par mois d’ancienneté du fromage ; Knessèt Haguédola, paragraphe 18 ; Le Birké Yossèf mentionne un délai de trois heures. Kaf Ha’haïm, paragraphe 30. Toutefois, ces mesures de rigueur s’appliquent seulement au fromage dur. Le Chakh, paragraphe 15 stipule que seul du fromage dont le processus de fermentation s’étend sur six mois sera qualifié de fromage dur. Le Taz, paragraphe 4, souligne que la mesure de rigueur concerne spécifiquement du fromage « infecté » (rempli de vers), mais si le fromage est seulement dur il n’est pas nécessaire de marquer un quelconque délai.
4) Hakacheroute, page 280, remarque 120.
5) La définition d'un tel fromage fait l'objet de grande discussion entre les décisionnaires Achkénaz : le Chévéte Halévy, tome 2, chapitre 35, prétend qu'il est impossible pour un consommateur de savoir le temps exact de fabrication du fromage, c'est pour cela qu'il est nécessaire de patienter six heures pour tout fromage dont la consistance est dur. Le Rav Chélomo Zalman Auerbach zatsal a enseigné oralement que tout fromage à consistance solide, et dont le pourcentage de matière grasse est élevé, est considéré comme dur. (Hakacheroute, page 280, remarque 126). Toutefois, en remarque 124, il reconnaît que la majorité des fromages durs à notre époque n'ont pas subi une fermentation de six mois. Enfin le Kitsour Choul’hane ‘Aroukh, page 138, témoigne au nom de Rav Aharon Kotler zatsal que les fromages durs de l'époque sont différents de ceux de notre époque: il fallait les couper avec une scie réservée à cet effet.
6) Rama, chapitre 89, paragraphe 2 ; Kaf Ha’haïm, paragraphe 47.
7) Cha'ar Hatsyoun, chapitre 494, paragraphe 15, au nom du Péri Mégadim (Chap. 89 Michbétsote Zahav alinéa 4) qui fait allusion au Chakh alinéa15 qui note que si un fromage a six mois, il sera « Mine Hastam » (vraisemblablement) considéré comme étant dur. De même, Sifté Da’ate alinéa 16 et 17 recommandé de marquer un délai de six heures après tout fromage dur.
8) Chakh, paragraphes 16 et 17 à l’encontre du Rachal qui affirme qu’il est défendu de marquer un délai quelconque ; Zohar parachat Michpatim rapporté par le Bèt Yossèf, Ora’h ‘Haïm, chapitre 173. Ainsi, le Bèt Yossèf conclut qu’il est bon de se montrer rigoureux et de patienter une heure après tout aliment lacté. Kaf Ha’haïm, chapitre 89, paragraphe 10.
9) Rabbi Élihaou Mani zatsal, mentionné dans le Ben Ich ‘Haï, parachat Chela’h Lékha ; Yabi’a Omer, tome 6, chapitre 7 ; Le Iguérote Moché, Yoré Dé’a, tome 2, chapitre 26, souligne qu'il est inutile de marquer un délai quelconque après un aliment lacté, c'est seulement après avoir consommé du fromage dur qu'il est recommandé de marquer un délai par mesure de rigueur.
10) Yabi’a Omer, Ibid ; Halikhote ‘Olam, tome 7, page 44.
11) Lévouche ; Kaf Ha’haïm, paragraphe 29.
12) Kaf Ha’haïm, paragraphes 10, 24 et 30.
13) Michna Béroura, chapitre 494, paragraphe 16. Le Badé Hachoul'hane, paragraphe 75, mentionne l'avis du 'Aroukh Hachoul'hane, qui témoigne que la coutume est de réciter la bénédiction finale seulement après du fromage dur.
14) Rabbénou Pérèts préconise l’ablution des mains même en journée, afin de retirer la graisse susceptible de s’y trouver. Tour Yoré Dé’a Chap.89; Chakh, paragraphe 9 ; Tel est l’avis de l’ensemble des décisionnaires. Kaf Ha’haïm, paragraphe 32.
15) Kaf Ha’haïm, chapitre 89, paragraphe 33.
16) Ziv’hé Tsédèk, paragraphe 17 ; Ben Ich ‘Haï, parachate Chéla’h Lékha, paragraphe 8 ; Kaf Ha’haïm, paragraphe 34.
17) Péri ‘Hadach, chapitre 89, paragraphe 9.
18) ‘Houlin 104b ; Choul’hane ‘Aroukh, chapitre 89, paragraphe 2.
19) Bien qu’il semble, selon le langage de Marane, que tout légume soit déconseillé, il convient de préciser que le Talmud, dans le traité de Bérakhote 35a, fait une distinction entre herbes et légumes. Il faudra donc seulement éviter l’utilisation d’herbes, et c’est ainsi que nous a répondu le Rav Guid’one Ben Moché chlita.
20) Le Kaf Ha’haïm, paragraphe 38, au nom du Birké Yossèf, paragraphe 20, et du Ziv’hé Tsédèk, paragraphe 24 préconise de consommer l’aliment neutre avant la boisson, mais la plupart des décisionnaires accordent peu d’importance à l’ordre auquel on procède. Chakh, paragraphes 11 et 13 ; Péri ‘Hadach, paragraphes 11 et 13 ; Kaf Ha’haïm, paragraphe 42.
21) Birké Yossèf et autres décisionnaires mentionnés par Kaf Ha’haïm, paragraphe 43.
22) Choul’hane ‘Aroukh, chapitre 89, paragraphe 4.
23) Yalkoute Yossèf, tome 10, paragraphe 89 et 64.
24) Choul’hane ‘Aroukh, chapitre 89, paragraphe 4.
25) Mat’amé Hachoul’hane, chapitre 89, paragraphe 15, dans le livre Ma’adané Hachoul’hane.
26) Zèr Hachoul’hane, chapitre 89, paragraphe 47. Il préconise toutefois de se montrer plus rigoureux si les aliments sont chauds.
27) Choul’hane ‘Aroukh, chapitre 89, paragraphe 2.
28) Ben Ich ‘Haï, parachate Chéla’h Lékha, paragraphe 14 ; Ziv’hé Tsédèk, paragraphe 26 ; Kaf Ha’haïm, paragraphe 45. Ils se montrent rigoureux même dans le cas de la volaille. Telle était la coutume à Bagdad.
29) Badé Hachoul'hane, paragraphe 74.
30) Halikhote ‘Olam, tome 7, page 43.
31) Kaf Ha’haïm, paragraphe 49; Halikhote ‘Olam, tome 7, page 44.
32) Kaf Ha’haïm, paragraphe 48, au nom du Da'ate Kédochim; Badé Hachoul'hane, paragraphe 71.
 
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