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    Dimanche 14 Juillet 2024, Yom Richone

393. Utiliser des lingettes humidifiées pour bébé pendant le chabbate
Posté par JEREMIE le 26/04/2007 à 23:46:08
Chalom Kvod Harav,
Peut on utiliser, Chabbate, des lingettes humidifiées pour bébé ou du papier toilette humidifié pour s'essuyer après avoir fait ses besoins ou il y a un problème d'essorrage.

Merci de votre réponse.

Réponse donnée par Rav Aharon Bieler le 02/05/2007 à 17:25:17
Votre question est d’actualité. Elle a déjà soulevé beaucoup de commentaires de la part des décisionnaires de notre temps et a été l’objet de nombreuses controverses.
Elle nécessite par ailleurs un développement relativement long qui fait parfois intervenir des notions Halakhiques complexes.
Nous allons toutefois tenter d’en résumer les grandes lignes.

D’après la majorité des « Richonim » (premiers décisionnaires), il existe un interdit d’ordre toranique, d’essorer le Chabbate des habits ou des étoffes imbibés d’eau ou d’autres liquides (1).

Cet interdit découle de la Mélakha (travail interdit le Chabbate) de « Méfarèk » (démonter, extirper) qui est un dérivé de la Mélakha de « Dach » (battre le blé pour en séparer le grain de l’ivraie).
C’est ainsi que la Halakha a été tranchée dans le Choul’hane ‘Aroukh (2).

Ces décisionnaires s’accordent toutefois à dire que lorsque le liquide qui est le produit de l’essorage est perdu ou n’est pas utilisé (« Holèkh Lé-iboud »), l’interdit n’est pas d’ordre Toranique mais Rabbinique.

A ce titre, certains (3) ont eu tendance à permettre l’utilisation de lingettes, car ils considèrent que le liquide qui sort de celles-ci est immédiatement perdu car altéré par le nettoyage (« Holèkh lé-iboud »).

A ceci, ils associent deux éléments :
- d’une part que cet essorage, bien qu’inéluctable, est non intentionnel,
- d’autre part, il est non spécifiquement recherché.
Il s’agit dans le langage de la Halakha d’un cas de « Psik Réché dé la Ni’ha lé » (action non intentionnelle dont le résultat est inéluctable mais dont on ne tire aucun profit).
Or d’après un des avis mentionnés par le Choul’hane ‘Aroukh (4), l’association de tout ces éléments rendrait l’opération permise.

Toutefois il est très difficile de prendre en considération ces arguments. En effet comment peut-on considérer :
a) que le liquide sortant est perdu (« Holèkh léiboud ») alors que l’on s’en sert pour le nettoyage.
b) que la personne qui utilise ces lingettes n’est pas intéressée (« Dé la ni’ha lé ») par le produit de l’essorage, car même si elle avait pu nettoyer avec une serviette sèche, le liquide qui en sort lui facilitera le nettoyage (5).


D’autre part certains ont voulu affirmer que la matière avec laquelle ces lingettes sont constituées n’absorbe pas de liquide. Celui-ci serait simplement déposé en surface sur les lingettes qui seraient comparables à des sachets en plastique imperméable qu’il est permis de presser même lorsqu’ils sont mouillés.
Il est bien évident que cette considération enlèverait tout problème d’essorage de ces lingettes.

Toutefois la consultation de spécialistes a prouvé le contraire. Ces lingettes sont en fait constituées de fibres synthétiques collés entres elles (et non tissés).
Elles sont conçues de telle manière qu’elles peuvent absorber des liquides (à l’intérieur même de la fibre) et de plus, retiennent les liquides entre les fibres.
Il en ressort que le processus d’absorption est comparable à celui d’un vêtement de coton ou de laine et présente donc le même problème d’essorage (6).

Il faut noter par ailleurs que parmi les décisionnaires qui ont voulu permettre à l’origine l’utilisation de ces lingettes, nombreux sont ceux qui sont revenus sur leur décision première, pour finalement l’interdire (7).

Il n’en reste pas moins que certains décisionnaires permettent leur utilisation, mais uniquement dans le cas ou l’on se sert de ces lingettes avec précaution en prenant garde de ne pas essorer (8).

Ils se basent sur le fait qu’il n’est pas inéluctable d’essorer ces serviettes humides si l’on s’en sert avec précaution.
En effet, si l’on considère que dans la réalité il serait possible de ne pas en arriver à essorer, on ne se trouve plus dans un cas de « Psik Réché » (résultat inéluctable) cité précédemment.
Mais il s’agit alors d’un cas de « Davar Chééno mitkavèn » (action non intentionnelle dont le résultat n’est pas inéluctable) ce qui rend l’acte permis.

Toutefois dans la pratique, il semble très difficile d’utiliser ces lingettes sans en arriver à les essorer. Cet avis est d’ailleurs contesté par de nombreux décisionnaires (9).


Il est interdit de se servir de ce type de lingettes le Chabbate et le Yom Tov.

Ceux qui, en cas de nécessité extrême, les auraient utilisées en prenant garde de ne pas les essorer auraient sur qui s’appuyer.

Kol Touv


1) Rabbénou Tam, Rachba et le Rane sur la Guémara Chabbate 111a qui interdit le Yom Tov d’enfoncer un bouchon avec de l’étoupe dans un tonneau contenant du vin pour ne pas essorer celle-ci du liquide qu’elle contient.
2) Chap. 320 par. 18.
3) Voir à ce sujet la réponse du Iguérote Moché Ora’h ‘Haïm tome 2 chap. 70 concernant l’utilisation d’une serviette en papier mouillé pour nettoyer une table le Chabbate.
4) Chap. 320 par.18.
5) Or’hote Chabbate dans Biouré Halakha chap. 7.
6) voir Or’hote Chabbate idem.
7) voir Choul’hane Chélomo qui rapporte les décisions du Rav Chélomo Zalmane Aeurbach dans Hilkhote Chabbate chap. 220 par. 22 note 24. Il en est de même concernant le Chévèt Halévi qui avait tendance à permettre de nettoyer un bébé dans le cas ou on le faisait délicatement sans presser la lingette. Il a finalement conclu qu’il fallait interdire ; Voir également le Chémirate Chabbate Kéhilkhéta tome 1 chap. 14 par. 33 et note 94 qui permet en se basant, entre autre, sur le Rav Chélomo Zalmane Aeurbach qui lui-même est revenu sur sa décision comme mentionné plus haut.
8) Yalkoute Yossèf Chabbate tome 2 chap. 302 par 31 qui s’exprime dans ces termes : « ceux qui se permettent de le faire en cas de nécessité, auront sur qui s’appuyer » ; Min’hate Ahava tome 2 par. 12.
9) Voir Or’hote Chabbate idem ; Voir Iguérote Moché qui s’interroge quant à cette possibilité et voir Choute Min’hate Its’hak tome 10 chap. 25.
 
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